Méthodologie

Le projet de recherche Pauvreté et Performance est né d’une question centrale : comment les pratiques performatives — qu’il s’agisse de théâtre, d’éducation ou d’initiatives culturelles — peuvent-elles susciter une réflexion critique sur la pauvreté sans la réduire à un simple thème, stéréotype ou objet de représentation ? Tout au long du projet, la méthodologie a mêlé création artistique, recherche théorique et expérimentation pédagogique, structurée en phases complémentaires et fondée sur un travail collectif rigoureux.

La première phase a porté sur la cartographie conceptuelle et bibliographique. L’équipe a mené une revue exhaustive de la littérature, réunissant recherches académiques, œuvres artistiques, documents historiques et cadres théoriques portant sur la pauvreté, l’exclusion sociale, les politiques publiques et les études de performance. Ce travail a été organisé en dossiers thématiques, qui ont systématisé les matériaux collectés et constitué une base commune pour le groupe. Chaque dossier fonctionnait comme un noyau d’étude collaboratif, permettant aux chercheurs et chercheuses de différents horizons d’échanger à partir de références organisées et discutées collectivement.

La deuxième phase a consisté en un travail de terrain, la performance étant envisagée non seulement comme objet d’analyse mais comme méthode d’investigation. Les différents groupes de recherche ont organisé ateliers, laboratoires, résidences artistiques, répétitions ouvertes et interventions publiques. Ces expériences ont été documentées par des rapports, journaux de terrain, enregistrements audiovisuels et protocoles réflexifs, qui ont ensuite alimenté de nouveaux dossiers. La méthodologie suit ainsi une logique circulaire : la théorie informe la pratique, et la pratique reconfigure la théorie.

La troisième phase a mis l’accent sur l’analyse critique et la systématisation des résultats. Les matériaux produits — textes, documentation des processus et débats internes — ont été organisés en dossiers analytiques visant à identifier tendances, tensions et déplacements conceptuels. À ce stade, la recherche s’est tournée vers la production académique, avec la rédaction d’articles, de chapitres et de rapports, tout en développant des actions de diffusion plus larges afin de rendre les résultats accessibles au public.

Un élément central de la méthodologie a été le travail collectif : le projet ne reposait pas sur une hiérarchie rigide, mais sur une coordination permettant la collaboration entre chercheurs et chercheuses à différents niveaux de formation. Les décisions méthodologiques, la construction des dossiers et la planification des activités pratiques ont été discutées lors de réunions régulières. Bien que profondément productive, cette approche collaborative a également posé des défis : différences de rythme, d’attentes, de cadres théoriques et de disponibilité nécessitaient une négociation constante. Aborder la pauvreté comme champ d’étude impliquait un soin éthique permanent, veillant à ce que les expériences sociales ne soient ni esthétisées ni instrumentalisées.

La dimension interdisciplinaire du projet constituait un autre défi. L’articulation entre arts du spectacle, éducation et sciences sociales a nécessité l’élaboration d’un langage commun capable de traduire les concepts d’un domaine à l’autre et de les rendre intelligibles dans des cadres différents. Cette tâche demandait du temps, de l’écoute et la volonté de remettre en question les présupposés.

En somme, la méthodologie de Pauvreté et Performance a combiné cartographie systématique des références, organisation en dossiers thématiques, expérimentation performative et analyse critique collective. Il s’agissait d’un processus en constante révision, où la recherche signifiait également créer, partager et problématiser — construisant le savoir de manière collective et en engagement direct avec les réalités sociales étudiées.