Drag is often perceived as a merge between an artist and his or her stage alter ego, the creation of a character with a story and personality traits. For me, the approach is quite different: I don’t see my drag as a character, but rather as a museum. Just as a drag performer might see himself as the stage director of his drag, I see myself as the curator of the museum that is Giboulé De Marx. A space where every appearance is an exhibition and every performance a part of the collection.

In civilian life, I’m a visual artist myself. From a very early age, during my art studies and afterwards, I’ve always been imaginative, always created in different forms. My practice oscillates between painting and sculpture. In my work, I’ve always explored many different media and supports, and I think that’s what excite me the most about drag: the possibility of bringing a multitude of forms together at the same time and in the same place. In drag, I find painting within make-up, sculpture within outfits and performance by being on stage. It’s a total art form that allows me to present a museum in its most exhaustive form.
As I’m not a character but a concept, I don’t see my drag as a gendered identity; it’s a non gendered exhibition space.
The aesthetics of Giboulé De Marx follow this non-gendered path. As a painter, I accord a great deal of importance to make-up, which I really consider to be a painting, an image. My make-up process is very instinctive. I make up my face like I paint a canvas: layering and playing with materials. I never have a set plan when I start, decisions are made during the process and the image appears without me knowing it beforehand. I work mainly with greasy textures. Closer to the material of acrylics, fatty materials remain alive. They slide, fuse and accumulate. I love this malleability, the way the material responds to my gestures, to be in movement, to be painting.
My greatest visual inspirations are Bjork, Monet and Francis Bacon. I’m fascinated by the decomposition of faces in Francis Bacon’s paintings. Like him, a drag artist distorts his face to create a new morphology, a reinvention that liberates from traditional forms. It also opens me up to a darker color palette, contrasting with what I’m used to. He also inspires me with his ability to explore the psychological dimension of tortured bodies.
For me, put makeup on and get into drag is a really reflexive process. Most of the time, I do my make-up while listening to a philosophy lecture or podcast.
It’s not just background noise: it’s a way of entering a particular state, somewhere between concentration and letting go.
I listen to Deleuze talk about desire, Derrida dissect the notion of the trace, or queer thinkers question the boundaries of gender, and I’m convinced that it influences my work. Words blend with my gestures, unconsciously influencing my choice of colors and shapes. Make up becomes an active meditation, a silent reflection on what I’m building or deconstructing.
For me, drag is more than just a visual statement; it’s a way of conveying a political message. The name – De Marx – doesn’t come from nowhere, and refers to a communist, anti-capitalist and decreasing utopia inherited from Karl Marx. Politics is a subject I tackle in performance, but also through a fanzine I publish around my character. In this logic of independence and cultural reappropriation, the fanzine carries with it a critical and cheeky look at social dynamics. Self published, homemade and accessible, it allows me to extend my approach and theorize what Giboulé De Marx embodies on stage. Just as every museum has its magazine, my drag character has his fanzine.

My drag is not a character that I embody, it is an apparition that I summoned, an entity that emerges. I don’t go into drag to reveal myself, but to dissolve into another form.
In every performance, Giboulé is a palimpsest: an accumulation of layers and erasures. And when it’s all over, when the lights go out and I become Jean-Baptiste again, all that’s left are a few greasy marks on my fingers, pigments in the sink, shadows in the memory of the spectators. Giboulé is gone, but he will haunt those who saw him for a while.
GIBOULÉ DE MARX: A DRAG MUSEUM
Giboulé De Marx
Le drag est souvent perçu comme une fusion entre un artiste et son alter ego scénique, la création d’un personnage avec une histoire et des traits de personnalité. Pour moi, la logique est tout autre : je ne vois pas mon drag comme un personnage, mais plutôt comme un musée. De la même manière qu’un drag performeur peut se considérer comme le metteur en scène de son drag, je me considère comme le curateur du musée qu’est Giboulé De Marx. Un espace ou chaque apparition est une exposition et où chaque performance est une partie de la collection.

En civil, je suis moi-même plasticien. Depuis tout petit, pendant mes études d’art ainsi que par la suite, j’ai toujours été imaginatif, j’ai toujours créé sous des formes différentes. Ma pratique de plasticien oscille entre peinture et sculpture. Dans mon travail, j’ai toujours exploré beaucoup de médias et supports différents, je pense que c’est ce qui m’a le plus séduit dans le drag : la possibilité de faire cohabiter une multitude de formes ensemble au même moment et au même endroit. Je retrouve dans le drag à la fois la peinture avec le maquillage, la sculpture avec les tenues et la performance en étant sur scène. C’est un art total qui me permet de présenter un musée dans sa forme la plus exhaustive.
N’étant pas un personnage mais un concept, je ne vois donc pas mon drag comme une identité genrée, c’est un cadre d’exposition – dans tous les sens du terme – non-genré.
L’esthétique de Giboulé De Marx continue cette logique non-genrée. Étant peintre, j’accorde beaucoup d’importance au maquillage que je considère réellement comme un tableau, une image.
Mon processus de maquillage est très instinctif. Je maquille mon visage comme je peins une toile : en superposant les couches et en jouant avec les matières. Je n’ai jamais de plan établi lorsque je commence, les décisions se font pendant le process et l’image apparaît sans que je ne la connaisse au préalable. Je travaille principalement avec des textures grasses. Plus proches de la matière de l’acrylique, les matières grasses restent vivantes. Elles glissent, fusionnent, s’accumulent. J’aime cette malléabilité, cette manière qu’a la matière de répondre à mes gestes, d’être en mouvement, d’être peinture.
Mes plus grandes inspirations visuelles sont Bjork, Monet et Francis Bacon. Je suis fasciné par la décomposition des visages des toiles de Francis Bacon. Comme lui, un drag déforme son visage pour créer une nouvelle morphologie, une réinvention qui libère des formes traditionnelles. Il m’ouvre également sur une palette de couleurs plus sombre, contrastant avec ce que j’ai l’habitude d’utiliser. C’est un peintre qui m’inspire aussi beaucoup par sa capacité à explorer la dimension psychologique des corps torturés.
Pour moi, me maquiller et me mettre en drag est un vrai processus de réflexion. Le plus souvent, je me maquille en écoutant un podcast ou une conférence de philosophie.
Ce n’est pas un simple bruit de fond : c’est une manière d’entrer dans un état particulier, entre concentration et lâcher-prise.
J’écoute Deleuze parler du désir, Derrida disséquer la notion de trace, ou des penseurs queer questionner les frontières du genre et je suis persuadé que cela influence mon travail. Les mots se mélangent à mes gestes, influencent inconsciemment mes choix de couleurs et de formes. Le maquillage devient une méditation active, une réflexion silencieuse sur ce que je suis en train de construire ou de déconstruire.
Au-delà du visuel, le drag est pour moi aussi un moyen de porter un message politique. Le nom – De Marx – ne vient pas de nulle part et fait bien référence à une utopie communiste, anticapitaliste et décroissante. Le politique est un sujet que j’aborde en performance, mais aussi au travers d’un fanzine que je diffuse autour de mon personnage. Dans cette logique d’indépendance et de réappropriation culturelle, le fanzine accompagne un regard critique et insolent sur les dynamiques sociales. Auto-édité, artisanal et accessible, il me permet de prolonger ma démarche et de théoriser ce que Giboulé De Marx incarne sur scène. Celui-ci incarne des sujets divers comme l’histoire queer underground, les dynamiques de pouvoirs et des réflexions sur la sexualité. Comme chaque musée à sa revue, mon personnage drag a son fanzine.

Mon drag n’est pas un personnage que j’incarne, c’est une apparition que je convoque, une entité qui émerge. Je ne me mets pas en drag pour me révéler, mais pour me dissoudre dans une autre forme.
À chaque performance, Giboulé est un palimpseste : une accumulation de couches et d’effacements, une image mouvante qui ne se fige jamais totalement.
Et quand tout est terminé, que les lumières s’éteignent et que je redeviens Jean-Baptiste, il ne reste plus que quelques traces de gras sur mes doigts, des pigments dans l’évier, des ombres dans la mémoire des spectateurs. Giboulé a disparu, mais il hantera encore un moment ceux qui l’ont vu.





